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L’excitation et ses destins

Brigitte Pacquement

Je vais rendre compte de la journée d’étude organisée par l’AEPPC qui s’est déroulée le 10 décembre 2011 à Paris.

Monique Dechaud-Ferbus nous rappelle que l’excitation est un concept central de la métapsychologie, parce qu’elle parcourt toute l’œuvre de Freud. Depuis l’Esquisse (1895) jusqu’à L’Abrégé de Psychanalyse (1938), le modèle du fonctionnement de l’appareil psychique tend à une recherche d’homéostasie, dans un équilibre instable, car en même temps, l’appareil psychique a besoin d’excitations pour se développer. L’excitation est présente dès la naissance. Il y a des excitations externes et internes. La mère, lors de l’alimentation, amène avec le lait et par sa présence, des excitations qui s’ajoutent aux excitations propres du nourrisson du fait même de son développement. Le bébé a, en même temps, des besoins qui dépendent complètement de l’objet et des besoins de rétractation auto-érotique. Ces besoins sont sources d’excitation interne.

Le dosage des excitations internes et externes se fait grâce au pare-excitation maternel qui va leur donner sens et forme. C’est un rôle très délicat entre excès et manque. La mère en est la plaque tournante. L’excitation physiologique, en cherchant à s’accrocher à l’objet se transforme en excitation psychique. C’est l’apparition de l’appareil psychique, qui a pour fonction de transformer l’énergie libre en énergie liée afin de diminuer la quantité d’excitation. La baisse de quantité d’excitation amène une satisfaction. L’apaisement est une expérience de qualité se manifestant par un bien être.

Marie-Alice Du Pasquier, dans son exposé s’appuie également sur les textes de Freud, en particulier celui de 1911 (Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques). Celui-ci analyse les mécanismes qui régissent l’organisation de la psyché à partir du traitement des excitations dans l’articulation du principe de plaisir et du principe de réalité.

Le processus primaire le plus ancien est soumis au principe de plaisir. Ce qui est désiré est, en l’absence de l’objet, halluciné mais, devenant source de déplaisir par absence de satisfaction, l’appareil psychique va se résoudre à se représenter l’état réel du monde : c’est le principe de réalité.

Ce sera grâce aux organes des sens et donc à la perception du monde extérieur que l’appareil psychique par attention, par mémoire, par jugement, va organiser des figurations, puis des représentations. Un processus de pensée s’installe, en s’articulant au langage verbal provenant des traductions de l’objet dont le rôle pare-excitant est primordial. Le développement de l’appareil psychique n’est possible que grâce à l’objet secourable.

Marie-Alice Du Pasquier nous rappelle aussi que pour Freud, l’appareil psychique est un système en mouvement et ce sont des représentations de mouvement qui en assurent la cohésion. Il insiste sur l’importance de la perception intérieure de la motricité, qui est à l’origine de la perception du mouvement. Ce sont ces perceptions de mouvement dans la relation à l’objet qui vont constituer une première jonction entre un dedans et un dehors. Ainsi, dès la vie intra utérine, il y a un jeu d’interactions entre la mère et l’enfant. Dans les premiers contacts des corps après la naissance, l’enfant recherche la relation tonique à l’identique de celle qu’il a connue dans sa vie intra utérine. M.-A. Du Pasquier montre l’importance de l’axe corporel dans l’organisation du tonus, de l’axe à la périphérie.

A travers ce rythme tonique fait d’activation et de passivation, de présence et d’absence, le corps de l’enfant fait l’expérience du temps, de la temporalité. Ce tonus de fond devient un étayage et une métaphore de la continuité de l’investissement de la mère.

Mais si ce fond tonique de la mère vient à être défaillant, la propre consistance de l’enfant s’en trouvera altérée, la constitution des espaces psychiques restera dans le flou. Un frayage troué persistera dans la structure primitive où s’origine la vie psychique. Nous pensons, ici, à des patients en PPC qui décrivent sur le divan des sensations de glissement, d’effondrement, de trou dans leurs corps, mobilisant fortement le contre-transfert tant psychique que corporel de l’analyste.

 

Chantal Frère Artinian, à partir des deux derniers livres de Monique Dechaud-Ferbus, reprend ce dispositif que nous proposons aux patients en PPC du fait de ces défaillances primaires. L’aménagement du cadre à partir de la co-perception de l’expression du langage du corps dans le dialogue tonico-émotionnel du transfert et du contre transfert va permettre aux patients de revivre autrement les traumatismes primaires liés aux défauts de traduction de l’objet. Le langage du corps comporte une potentialité de sens. C’est la fonction de traduction et non d’interprétation qui relance la symbolisation primaire. En se faisant miroir vivant des excitations pare-excitées du patient, l’analyste soutient le retournement pulsionnel et renforce le pare-excitation.

Jacques Morise, dans un exposé clinique, va justement montrer comment l’objet analyste pourra permettre le remodelage de l’objet interne en introduisant la perception. Il va installer progressivement un transfert de base et des mouvements de réinvestissements libidinaux vont réapparaître. Des excitations liées au manque d’un pare-excitation, pourront ainsi progressivement se transformer en figurations puis en représentations au fil du déroulement de la cure. Il y a le Je dans la subjectivation quand il y a l’Objet dans la perception.

Face à des excitations qui empêchent un appareil psychique de bien fonctionner, nous proposons une PPC et citons Monique Dechaud-Ferbus pour conclure : « Le destin de l’excitation, comme son émergence, est lié au couple sujet-objet. Dans la cure, le traitement de l’excitation passe par l’investissement du patient par l’analyste, ainsi que par l’identification de l’analyste au patient dans les aléas des stratégies de pare-excitation. C’est bien à partir de la relation d’objet qu’on peut reconnaître et traiter l’excitation. D’où l’importance dans la cure de la fonction de l’objet en personne, pour permettre que l’excitation soit énergie pour le psychisme et non empêchement à fonctionner ».