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Cet autre divan. Psychanalyse de la mémoire du corps

Cet autre divan
Psychanalyse de la mémoire du corps



Dans ce nouvel ouvrage, paru en octobre de cette année, M. Dechaud-Ferbus, psychanalyste membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris (SPP) et présidente de l’Association pour l’Enseignement de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (AEPPC), approfondit avec rigueur les bases métapsychologiques de la pensée et de la pratique de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC) qu’elle a créée en janvier 2008 avec ses collègues de l’Association Pour l’Enseignement de la Psychothérapie de Relaxation (APEPR). Elle explique l’histoire de cette élaboration qui est née pour elle il y a plus de quarante ans à l’Hôpital Ste-Anne à Paris, en appui sur la pensée de F. Pasche et en continuation des recherches de J. de Ajuriaguerra, ainsi que de ses collègues aînés comme M. Strauss et M.-L. Roux. De nombreuses illustrations cliniques passionnantes étayent ses réflexions.

C’est qu’en effet pour elle, comme pour Pasche, les échecs des traitements sont plus le fait de limites des outils des psychanalystes que de résistances des patients que l’on nomme injustement « inanalysables ». Ils relèvent souvent d’une inadéquation du cadre psychanalytique classique, dit cure type, à l’organisation et au fonctionnement psychiques de patients non névrosés de façon prévalente, lorsque le langage verbal ne peut pas médiatiser la communication entre le patient et l’analyste.

C’est pourquoi, MDF avait donné comme sous-titre : L’inanalysable en psychanalyse,à son livre précédent paru chez l’Harmattan en janvier 2011, et dont on trouvera l’annonce à la première page du site de l’AEPPC. Par conséquent, MDF n’a eu de cesse de creuser les fondements clinico-théoriques du cadre aménagé de la PPC en conservant la référence à la cure type. Dans le cadre aménagé de la PPC, l’analyste n’est pas derrière le patient allongé mais devant lui, de sorte que ce dernier puisse voir sans effort l’analyste en personne, avec son visage et ses réactions. Les paramètres de la perception et de la sensorimotricité y sont donc utilisés comme médiation dans la relation du transfert et du contre-transfert avec l’analyste en personne. Non absents dans la cure type, ces paramètres ne sont pas exploités, et c’est leur utilisation en PPC qui confère au divan la valeur d’un véritable opérateur des transformations somato-psychiques.

Dans sa préface, R. Cahn reconnaît en Cet autre divan une alternative à la cure type, qui soutient la fonction subjectalisante de l’objet. En effet, l’attention de l’analyste au vécu du patient en séance, manifeste sa considération pour celui-ci, une attitude que R. Cahn qualifie de « fondamentalement psychanalytique ».

MDF explique comment, entre l’appui du divan « en délégation de l’analyste », et celui de l’échange de regard entre le patient et l’analyste, qui porte la qualité de l’investissement analytique, ce cadre ouvre un espace innovant pour accueillir les expressions du langage du corps qui émanent d’une mémoire du corps des distorsions des relations primaires où ce que le bébé a réellement vécu n’a pas été traduit par les objets primaires. Il en est résulté des distorsions dans le rapport à la réalité, la réalité du corps, la réalité de la vie psychique et la réalité de l’environnement.

En effet, l’échec de la fonction médiatrice du langage verbal est à ramener, nous dit MDF, à une impasse dans le processus de symbolisation, du fait de défauts de traduction. Les vécus primaires, non symbolisés et donc non subjectivés, restent encryptés dans le corps sous la forme de traces mnémoniques qui, contrairement aux traces mnésiques, ne sont pas des souvenirs au sens habituel de ce terme, car ils ne sont pas remémorables, ce ne sont pas des représentations refoulées. C’est pourquoi MDF pense nécessaire d’introduire la médiation sensori-perceptivomotrice pour relancer le processus de symbolisation, en tant que première traduction, à partir des ressentis corporels, et corriger ainsi les distorsions du rapport à la réalité qui infiltrent l’organisation et le fonctionnement psychique.

La Psychanalyse de la mémoire du corps vise donc à reprendre et à corriger les défaillances de la symbolisation primaire à travers la co-perception de l’expression de la mémoire du corps dans le dialogue tonico-émotionnel théorisé par Ajuriaguerra. La référence à la pensée de Pasche est particulièrement développée dans le chapitre « L’expérience correctrice du cadre d’après Francis Pasche ». Ce livre témoigne de la fécondité de la rencontre entre les élaborations de Ajuriaguerra et la métapsychologie freudienne, pour faire bénéficier d’une authentique psychanalyse à des patients psychotiques, certains états limites, ceux souffrant de troubles bipolaires, de névroses de caractère, d’hyperactivité, d’addiction et d’affections somatiques. C’est cette fécondité qui a donné naissance à la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC). Mais toute personne peut bénéficier d’une PPC, notamment celles qui ont déjà fait une ou plusieurs « tranches » d’analyse dans le cadre classique, car on a constaté que, même après une cure type prolongée, un symptôme peut résister si sa base corporelle reste attachée à des traces mnémoniques.

On trouvera également dans cet ouvrage un éclairage intéressant pour la compréhension des processus hallucinatoires – la figuration – et leur rapport à la perception dans la genèse de la représentation, ainsi que pour celle de la construction des limites entre le dedans et le dehors grâce au développement de la fonction perceptive et du pare-excitation, en appui sur l’attention et la fonction traductrice de l’analyste en personne.