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La psychothérapie psychanalytique Corporelle

La psychothérapie psychanalytique corporelle
L’inanalysable en psychanalyse
Le divan par devant

Dans ce livre, Monique Dechaud-Ferbus, membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris (SPP), réunit des travaux théorico-cliniques émanant des recherches des psychanalystes de l’Association pour l’Enseignement de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (AEPPC) qu’elle a contribué à créer et dont elle est la présidente. Ces travaux montrent comment il est possible de faire bénéficier d’un authentique traitement psychanalytique à des personnes dont l’organisation et le fonctionnement psychiques ne sont pas névrotiques de façon prévalente, en aménageant le cadre de la cure classique inventée par Freud pour les névroses (dans lequel l’analyste est derrière le patient). De nombreuses cliniques illustrent l’intérêt de la PPC pour des adultes, enfants et adolescents, états limites, psychotiques, bipolaires, des patients souffrant d’addiction et des malades somatiques, par exemple.

Le divan par devant utilise les paramètres de la perception et de la sensori-motricité pour renforcer ou construire le pare-excitation, en appui sur l’étayage du divan, en délégation de l’analyste, et sur le regard attentif de l’analyste assis en face du patient allongé. Cet aménagement du cadre recourt donc à la médiation sensori-perceptivo-motrice pour favoriser l’expression du langage du corps à partir de la réactivation dans la relation transfert contre-transfert de traces archaïques laissées par des distorsions dans les relations avec les objets primaires. MDF montre que, en soutenant l’auto-observation du patient en appui sur l’investissement de l’analyste, il est possible de reprendre ces traces dites mnémoniques et de les transformer par le travail de symbolisation avec l’aide de la fonction traductrice de l’analyste. Le contre-transfert de l’analyste est le véritable levier de la cure, comme y insistait Ferenczi.

L’inanalysable en psychanalyse réfère à l’inadéquation du cadre psychanalytique classique et à ses limites du fait de l’insuffisance de la médiation du langage verbal face aux traces mnémoniques non symbolisées. C’est ce qui peut expliquer certains échecs de la psychanalyse dans le cadre classique. En reproduisant autrement la situation de la relation primaire, la PPC permet de corriger les distorsions qui avaient originellement affecté cette relation du fait des défauts de traduction et qui avaient ainsi constitué des traumatismes précoces. Mais elle peut également ouvrir à des découvertes étonnantes pour tout un chacun, comme pour les psychanalystes qui, dans leur formation à la PPC, en ont fait l’expérience personnelle.

La PPC, dite Relaxation Ajuriaguerra, est issue de la rencontre entre les travaux de J. de Ajuriaguerra sur le tonus et les postures, le dialogue tonico-émotionnel, et la métapsychologie freudienne. Elle crée un espace innovant pour le travail de transformation psychique de la mémoire du corps en renforçant le pare-excitation et en soutenant les capacités auto-organisatrices dans la relation inter-subjective, accompagnant le passage de l’inter-relationnel à l’intrapsychique et assurant la délimitation entre le dedans et le dehors.

Ce livre présente également une autre forme de PPC, la graphothérapie que Marie-Alice Du Pasquier a contribué à créer avec Ajuriaguerra et René Diatkine pour des enfants aux prises avec des difficultés d’écriture, et qu’elle enseigne dans l’Association pour l’Enseignement de la Graphothérapie Clinique (AEGC). Cette PPC en mouvement reprend l’inconscient du corps au niveau du tonus et des rythmes à travers la réalisation de traces, et relance la dynamique de la symbolisation primaire dans le champ du transfert et du contre-transfert.

Dans la dernière partie du livre, MDF nous offre des réflexions clinico-sociales fortes en mettant en perspective la responsabilité du psychanalyste pour aider le sujet à advenir en tant qu’il prend soin de lui, dans une perspective citoyenne, alors que les attaques cyniques d’une société consumériste le met en situation de survie. En visant à faire retrouver les fondements de la subjectivité, la PPC fait œuvre de résistance.

M. Dechaud-Ferbus rend hommage à Francis Pasche dont l’humanité et la créativité a soutenu le développement des psychothérapies institutionnelles, dont la PPC, à l’Hôpital Ste-Anne à Paris dans les années 60 à 80. Elle dénonce la déliaison régressivante létale introduite par la politique de santé publique qui a ensuite sapé cette évolution en déshumanisant les soins. La transmission de la PPC ne pouvant plus s’effectuer à l’hôpital, c’est la ténacité et l’abnégation de psychanalystes comme Marie-Lise Roux, Marie-Alice Du Pasquier et Monique Dechaud-Ferbus qui en ont permis la continuation en dehors de l’hôpital. MDF nous invite à garder espoir : ce sont toujours les échecs des soins qui ont stimulé la recherche et promu les découvertes de la psychanalyse par Freud et l’utilisation de la médiation corporelle sur le divan par Ajuriaguerra.

C’est donc sur l’espoir et un message d’engagement que ce livre se termine. Car, le traitement psychanalytique réinstaure, à partir de la souffrance, le plaisir à fonctionner lorsqu’il permet de retrouver la communication avec l’autre, avec le monde et avec soi-même dans la réflexivité. Le temps qu’il exige s’oppose aux exigences du « tout de suite » de notre société. La psychanalyse s’expose ainsi aux attaques sociales, mais celles-ci viennent paradoxalement illustrer combien l’être humain est d’emblée enté sur l’objet, ce qui fonde la pratique psychanalytique dans sa visée de remettre en marche notre histoire personnelle et notre subjectivité. Elle est une aventure psychique qui engage un processus de deuil du corps à corps avec les objets primaires mais ce deuil, nous dit M. Dechaud-Ferbus, est un mouvement de transformation psychique humanisant, un mouvement dont l’inachevable aiguillonne toutefois la vocation ascendante du Moi. L’identité du psychanalyste s’appuie sur le deuil d’une omnipotence du tout savoir, un deuil qui ouvre à la créativité.