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Fonction organisatrice du corps pour la psyché dans la cure de Psychothérapie Psychanalytique Corporelle

Monique Dechaud-Ferbus

Le corps vu par Freud  au début de la psychanalyse

Freud s’est intéressé aux malades souffrant de troubles psychiques incurables avec les méthodes de son époque. Ceux-ci l’ont amené à vouloir comprendre leur fonctionnement mental et de là le fonctionnement psychique de l’humain.

A relire les « Etudes sur l’hystérie » et notamment les chapitres cliniques, on constate qu’à ces débuts de la recherche concernant le fonctionnement psychique, Freud  se montrait très attentif au perceptif et au corps. Il dira qu’il faut se faire une règle d’observer  pendant l’analyse les jeux de physionomie du patient allongé car ceux-ci renseignent sur les résistances et traduisent des tensions psychiques.  Il est également attentif à l’état général du patient et peut adjoindre à « la cure de parole », une cure de repos, des massages ou de l’hydrothérapie et, au besoin, une ordonnance de suralimentation. Avec l’hypnose puis la méthode cathartique de Breuer, Freud commence à envisager un traitement psychique et invente un dispositif de soin qui devient la  cure type psychanalytique. Il invite le patient à s’allonger, à  se concentrer, à fermer les yeux et à faire part des images qu’il perçoit : qu’avez-vous  vu, à quoi avez-vous pensé ?

Tout au long de son œuvre il  a cherché à comprendre la  vie psychique et à transmettre ses découvertes. C’est dans cette perspective qu’il a élaboré ce qu’il a appelé la métapsychologie. Il va élaborer la théorie psychanalytique et son déploiement selon trois axes :

  • L’investigation des processus psychiques
  • La méthode de traitement qui définit le cadre selon lequel un processus de transformation va pouvoir se développer grâce au phénomène du transfert
  • Une théorie découlant de l’expérience  clinique,  la métapsychologie.

Il a eu recours à un modèle abstrait qu’il a appelé l’appareil psychique pour y reconnaitre  les lois du fonctionnement psychique de l’humain. Ses observations cliniques l’ont amené à théoriser le fonctionnement psychique à partir d’organisations névrotiques. C’est ce qui fut à la base de la création du dispositif de traitement. Il rend compte de ses observations cliniques  et de ses théorisations dans un volume qui recueille cinq études de  cas intitulé : « Cinq psychanalyses » . Toutefois ces cas montrent déjà les limites de ce cadre, notamment en ce qui concerne le cas de l’homme aux loups.

Or à son époque, des  chercheurs comme Abraham, Tausk, Rank, Federn et Ferenczi  entre autres, confrontés dans leur pratique à des patients non névrotiques ont recherché une approche thérapeutique plus adaptée à ces derniers .

Alors que jusqu’en 1919, Freud élabore la pratique, le remaniement théorique qui ouvre à la deuxième topique avec la prise en compte de la répétition, Freud ne change rien à la pratique et ce n’est qu’à la fin de sa vie en 1938 qu’il reposera la question des  modifications  de la pratique nécessitées par les cas non névrotiques.

Du fait que la cure psychanalytique  classique s’avéra inadéquate au remaniement psychique pour les patients non névrotiques, des « voies  nouvelles » se sont ouvertes. Ces nouvelles  voies ont cherché a accentuer l’efficacité thérapeutique, elles ont proposé des aménagements du dispositif utilisé dans la cure psychanalytique  classique (où l’analyste est assis derrière le patient allongé  sur le divan) pour que ces patients puissent bénéficier d’un authentique travail psychanalytique. C’est donc d’un travail psychanalytique « autrement » dont  les analystes actuels vont  tenter de les faire bénéficier.

 

La Psychothérapie Psychanalytique Corporelle

L’invention de la Psychothérapie  Psychanalytique Corporelle (PPC) va dans ce sens. Elle s’appuie sur les recherches  de psychanalystes post-freudiens pour approfondir sa théorisation.

Les psychanalystes qui utilisent  ce dispositif ont le souci de prendre en compte le champ corporel qui s’exprime dans la perception et la sensorimotricité, tout en s’adossant au cadre et au corpus Freudiens. Dans le dispositif de la PPC le patient est invité à communiquer en le verbalisant ce qu’il ressent et ce qui lui vient comme images  ou  pensées. Ce dispositif va utiliser le perceptif à divers  niveaux et rendre l’analyste  attentif  à ces différents niveaux.

Le travail psychique demandé va tenir compte des ressentis corporels  du patient, de ce qu’il perçoit de son étayage sur l’objet  à travers de ce qu’il dit de ce qu’il ressent de ses  contacts avec le divan. En effet son appui sur le divan va permettre de reprendre les bases du développement du Moi. Le divan  réel propose un support neutre tels que les phanères de la mère, donc n’ayant aucune visée par rapport au sujet, de même qu’il représente métaphoriquement le giron de la mère, c’est dans  ce dispositif un outil qui est mis en travail.

Les psychanalystes  font travailler les outils transmis par Freud,  car « si du corps  il peut être parlé, le faire travailler dans un processus  est une  autre affaire » écrit Raymond Cahn  dans sa préface à notre dernier livre : « Cet autre divan » . Ce livre d’ailleurs est un essai de réponse à cette constatation.

En tant que psychanalyste nous sommes  sensible au mal être et à la souffrance psychique mal définie d’une population sur laquelle se  répercute la crise de Société. Ce malaise s’exprime à travers des conflits  sociaux répétitifs mais aussi  dans les impasses de la cure psychanalytique habituelle. En faisant travailler autrement les paramètres  « silencieux » de la cure type tels que la perception, la sensorimotricité et le divan nous pouvons  ouvrir un espace de transformation de la vie psychique. Nous introduisons une  médiation corporelle  et nous donnons au divan une fonction dynamique dans la cure. Le divan se révèle alors être un véritable organisateur de la vie psychique, il en devient  un opérateur dans la mesure où il est délégation du giron maternel et du toucher.  Ce faisant il peut représenter le tiers  séparateur dans une asymétrie de fait entre l’analyste et l’analysé, dissymétrie structurante et dynamisante.

Ce que nous  allons  proposer aux patients c’est un dispositif dans lequel, allongés sur le divan ils puissent avoir l’analyste dans leur champ de  vision, dans le champ de leur regard possible.

Avec La PPC, nous travaillons à faire  entrer le corps dans le processus de la cure. En effet selon la  belle  expression de Raymond Cahn « avant d’être sujet du langage, le sujet de la  psychanalyse est celui de la chair ».

Bien trop souvent négligé dans sa fonction organisatrice de la psyché, le corps dans la psychothérapie psychanalytique  corporelle retrouve toute son importance. Notre travail est de retrouver les possibilités de remobiliser un appareil psychique enrayé par les traumatismes primaires, et  pour lequel l’approche de l’objet est d’autant plus problématique  que le risque demeure pour ces patients de la réouverture des failles dont ils ont  été victimes dans leurs premières relations.

Nous sommes dans le processus de la cure amenés à reprendre à partir des expressions du langage du corps, les traces traumatiques enkystées dans la mémoire du corps pour les élaborer  de façon à ce que les investissements libidinaux puissent se redéployer.

Freud S, Cinq Psychanalyses,Paris, PUF, 1981 (trad.. française M. Bonaparte et R.W. Loewenstein)

Dechaud-Ferbus M. (2011), Cet autre divan, en cours d’édition, Paris, PUF, col. Le fil rouge

  Dechaud-Ferbus M. (2011), La psychothérapie psychanalytique corporelle, l’Harmattan, 2011.