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Auto-observation 2013

Brigitte Pacquement

Monique Dechaud-Ferbus Présidente de l’AEPPC rappelle, dans son introduction au colloque européen du 28 et 29 septembre 2013, que de plus en plus de patients présentent des problématiques narcissiques et identitaires. L’informe et le flou de ces organisations posent la question des limites de l’appareil psychique et du défaut de leur pare-excitation.

Nous proposons pour ces patients un aménagement de la cure classique, un outil qui permet une transformation des angoisses primitives archaïques. Nous proposons la médiation corporelle, c'est-à-dire la perception corporelle et l’utilisation du divan. Ces paramètres existent dans le cadre de la cure type, mais ne sont pas exploités, car ils n’ont pas d’utilité directe pour l’analyse des conflits intrapsychiques des patients névrosées.

Cette année dans notre travail d’élaboration théorique sur l’approche clinique par la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC), Monique Dechaud-Ferbus propose de travailler sur le thème de l’auto-observation.

Je la cite longuement : « les patients dont nous parlons présentent une difficulté dans le traitement de l’excitation dont découle une difficulté à accéder au processus secondaire….Ils présentent une crainte de la passivité devant l’objet et une difficulté avec le retour sur soi, autrement dit la réflexibilité. Un travail intra psychique ne peut se développer sans l’activité de l’objet dans l’inter- relation…

Le dispositif de la PPC doit amener le patient à utiliser l’ATTENTION pour permettre la mise en place d’un délai qui lui donne la possibilité d’intérioriser l’objet. A la place de la décharge de l’excitation, un apaisement va permettre un espace nécessaire à l’autonomie …pour accéder à la symbolisation… à la différenciation pour aller vers la subjectivation…

Cette visée d’ouverture d’un espace psychique s’étaie sur la médiation corporelle dans le dispositif en appui dans un premier temps sur le perceptif avec les ressentis corporels vécus devant l’objet en personne…

La recherche d’apaisement par l’attention va permettre la création d’un espace tiers ouvrant à la symbolisation…

Dans la cure, c’est la possibilité de voir l’objet en personne qui va permettre l’accès à cette symbolisation, et ainsi opérer une transformation des liens et donc une redistribution des investissements libidinaux ».

François Duparc, dans son exposé, intitulé «De l’accueil de l’informe à la construction d’un MOI-PEAU en PPC » réfléchit sur l’importance de l’auto-observation chez l’analyste lui-même pour aborder les patients envahis par l’informe. Il incite « l’analyste à se représenter les émotions suggérés par ses propres contractions musculaires ou corporelles, en miroir des attitudes du patient, comme s’il était lui-même en relaxation » Il va dire encore : « C’est la propension de l’émotion à entrer en résonance avec l’autre qui sera la base de notre travail. »

François Duparc revient à Freud sur la question de la formation de l’appareil psychique. Il cite les textes de 1896 dans la lettre 52 à Fliess, puis 1915 dans L’inconscient et aussi dans Pulsions et destin des pulsions, mais aussi dans Le moi et le ça 1920. Freud, dans la construction de l’appareil représentatif appelle le « pare-excitation » l’enveloppe du moi, dont Didier Anzieu tire sa théorie du MOI PEAU.

La PPC permet l’accueil des protoreprésentations, des traces archaïques mal représentés aux limites de l’hallucination négative et de l’informe, pour les traduire en affects, en images, puis en mots. Avant la parole, l’image. Le statut intermédiaire de l’image explique son rôle positif pour réanimer la pensée, et la rattacher au corps, à l’affect et à la pulsion. L’image du corps, dont parle Gisela Pankoff, a un rôle primordial de contenance chez le psychotique et d’enveloppe narcissique..Cette image du corps peut-être reconstruite dans sa fonction pare-excitante, et constituer le premier stade de l’AUTO-OBSERVATION, afin de permettre l’accès à la symbolisation.

François Duparc va plus loin encore.Il s’intéresse aux formes motrices et aux émotions primaires en relation avec les fantasmes originaires. Je le cite : « En de ça de l’image, nous avons les comportements, les formes motrices et les émotions primaires, ces éléments Béta (au sens de Bion) auxquels je tente de donner sens…Je cherche à démontrer qu’il existe des formes primaires de représentations ou de traces traumatiques même dans les symptômes psychosomatiques… » François Duparc donne le nom de « formes motrices » au comportement de l’enfant avec son environnement, il dit encore « danse interactive ». Il y a là une première ébauche de représentation pour mettre une limite à l’informe dans lequel l’enfant se meut. Pour François Duparc la première forme est l’imitation, imitation motrice de la perception.

Je le cite : « La forme motrice est tantôt la garantie d’un lien vivant entre la perception et la représentation, entre la pensée, l’émotion et l’action ; tantôt un moyen de décharge par des comportements moteurs répétitifs mettant en échec tout arrêt sur image, toute production de forme visuelle qui peut être décrite. L’agitation motrice peut même brouiller la perception jusqu’à la faire disparaître ».

François Duparc s’intéresse également aux émotions primaires. Elles font parties de l’informe. Le sujet ne le perçoit pas pour lui-même. Il ne se sent pas affecté. Il ne se voit pas lui-même dans son miroir psychique. Il y a une carence d’objet secourable.

Chantal Frère Artinian, dans la discussion revient sur l’importance de l’auto observation par l’analyste dans son contre –transfert. Elle note que les patients y sont attentifs, cela leurs donne un étayage pour leur propre auto observation. Danse interactive selon François Duparc dialogue tonico émotionnel selon Ajuriaguerra. Chantal Frère Artinian considère que l’auto observation peut être proposée comme un organisateur de la stabilisation de la distance.

.Randolph Willis interroge l’auto observation des phénomènes corporels de l’analyste (malaise, transpiration..) qui permet de trouver une bonne distance avec les patients.

Trois axes orientent la réflexion de Marta Badoni sur son travail en PPC par rapport à la psychanalyse classique : Inquiétude, Incertitude, Surprise.

-Inquiétude ou encore s’occuper de son propre corps, fondement du moi, et aussi notre « bloc note magique » enregistreur des traces laissés par le métier de vivre avec ses aventures, ses catastrophes et ses limites. Rechercher les origines du patient, soutenir l’évolution de sa subjectivité défi que nous pouvons tolérer en étant psychanalyste, croyons-nous.

-Incertitude quant à l’existence de domaines inexplorés et inexplorables en analyse.

-Surprise avec des illuminations, des découvertes de traces mnémoniques enkystées grâce au dialogue tonique entre patient et analyste.

Ici revient le rôle de l’objet comme organisateur de l’expérience psychique. L’objet doit tolérer de ne pas savoir ce qui se passe chez le sujet et dans son propre corps. L’objet est en position d’attention suspendue. L’appui est sur le corps avec la demande de faire attention à ce qu’il ressent et bien sûr à ce qui se passe en nous.

Ces patients sont en face d’une souffrance archaïque liée à la permission d’exister. Le message proposé pourrait être : « Tu ne m’appartiendras pas, tu auras ton propre poids. »

En PPC nous demandons aux patients de sentir les appuis sur le divan, cela va dans le sens de donner du poids au sujet et en plus d’introduire le tiers. Le divan fonctionne comme objet de support, neutre, inanimé, non menaçant. Le patient va alors pouvoir s’auto observer en présence de l’objet analyste.

Marie-Alice Du Pasquier Grall, à son tour, rappelle que l’objet est là pour retrouver les expériences sensori-motrices, et pour tenter de les symboliser, pour transformer l’excitation, la souffrance organique en une permission d’exister.

Marie-Lise Roux remarque que la sensation douloureuse est une façon de s’autoriser à exister. La douleur ne s’apprend pas. Les patients savent tout de suite qu’ils ont mal, par contre le plaisir corporel, la sensation agréable, elle s’apprend toujours. Les patients sont obligés de mettre un certain temps pour introduire une temporalité, et donc introduire un travail psychique pour arriver à dire « ce que je ressens est agréable. »

Marie-Lise Roux interroge cette impossibilité de reconnaître qu’on peut avoir des sensations corporelles, qu’on peut éprouver quelque chose dans son corps et pas seulement dans sa tête, on peut sentir des choses et être ému, ressentir des sentiments à propos de ce qu’on éprouve. Elle note également la violence de l’incompréhension que peut représenter un éprouvé corporel. Les patients sont alors face à de l’incompréhensible, de l’inimaginable. Il faudra alors les aider à transformer l’éprouvé corporel en images en figurations. Marie-Lise Roux a beaucoup étudié les peintures dans les grottes du paléolithique. Pour elle, cela était probablement la traduction d’un éprouvé corporel ressenti par nos ancêtres.

Nombreux sont encore les analystes qui ont participés à cette journée d’étude. Dans ce résumé nous ne pouvons transmettre toute la richesse des interventions. Elles vont continuer à nous interroger de manière constructive dans notre travail de PPC.

Pour conclure sur ce thème de l’Auto-Observation, nous avons là un outil précieux qui va permettre un travail pour le patient et pour l’analyste. L’appui est sur le corps, dans un dialogue tonico-émotionnel qui crée un espace tiers, qui fait émerger l’originaire pour permettre un jeu relationnel qui transforme l’informe, le vécu corporel en images, en figuration, en symbolisation pour faire émerger le sujet.