ContactsLiensSéminaires, journées et colloquesTextes de référence et articlesFormationPourquoi ? Pour qui ?Accueil
/Textes

Hommage rendu à Marie-Lise Roux fondatrice et ancienne présidente de l'association, par la présidente Monique Dechaud-Ferbus

Elle répétait  «  notre corps ne nous  appartient pas, car il appartient au temps  à la mort et à nos objets.

Marie-Lise s’est éteinte et son amitié me manque, Elle avait commencé son chemin à Ste Anne dans les années 50 avec Marianne Strauss et Ajuriaguerra  dans le service du Professeur Delay, l’analyse commençait à rencontrer la psychiatrie. Mais à l’époque on ne s’intéressait pas au corps et elle a fait parti des pionniers qui avec Ajuriaguerra ont associés corps et psyché. Ajuriaguerra inventait le dialogue tonico émotionnel pour entrer en relation avec les patients qui étaient réfractaires à tous les traitements. J’ai rejoint en 1969 l’équipe soudée autour de Francis Pasche. C’est à partir de la clinique que Marie-Lise a commencé  son chemin analytique. Les patients  psychotiques  étaient les plus nombreux et nous savions  que nous  avions  beaucoup à apprendre d’eux  et moi  beaucoup de mes généreux aînés.  Sur son chemin, nous rencontrons des balises qui sont des moments importants de sa contribution à l’évolution de notre pensée psychanalytique. Avec « L’expression verbale des vécus corporels » publié en 1968 dans le N°4 de la Revue de Psychosomatique, elle marquait précocement l’orientation de ses recherches. En 1972 elle fonde avec F. Sacco , M. Strauss la première association de relaxation. En 1984 elle écrit un fameux  article  « corps affecté  corps désaffecté » où elle montre la psychothérapie psychanalytique corporelle comme un étayage sur le corps du psychanalyste.

Très active dans  l’Association, elle était de tous nos débats, de toutes nos recherches et nous apportait avec vivacité et bienveillance ses points de vue.

Elle savait faire vivre les idées qu’elle accompagnait souvent d’histoires édifiantes. Les méfaits de la guerre  qui l’avait touchée en pleine adolescence n’ont pas cessé de la hanter. De nombreux articles qu’elle  écrivit en analysent les séquelles et s’inscrivent dans les recherches des racines du mal.

En 2000 elle écrit  « La compassion du SS » , texte  édifiant sur son besoin de comprendre l’horreur et son espoir toujours  actif de trouver de l’humain dans l’homme. Trouver un peu  d’humanité  là où il semble ne plus y  en avoir.

Anna  qui demande  du papier et un crayon , Henriette qui  demande une  bible.

On est à Auschwitz :  que se passe t-il chez ces  deux SS pour qu’ils accèdent a ces demandes dans le camp de la mort ?Et le questionnement  de Marie-Lise : y aurait –il une  véritable  culture analytique qui nous permettrait d’échapper au risque  d’être SS ou bonobo ?

Elle  disait encore  « toute rencontre nous modifie » et elle aimait les rencontres et les débats, les réunions familiales , les cousinades.

Marie-Lise était une grande pédagogue  et une chercheuse inlassable  pleine de curiosité. Travaillant avec des patients psychotiques et psychosomatiques elle a apporté beaucoup  à l’aménagement de la cure pour pouvoir les aider.

C’était toujours une grande joie de partager avec elle son enthousiasme qui ne l’a jamais quitté. Elle était l’aînée d’une famille nombreuse  et savait entraîner son monde, elle émaillait  ses propos d’histoires d’enfance qui arrivaient  à point nommé pour nous faire saisir la théorie avec incarnation ce qui lui permettait toujours d’illustrer une pensée ou une idée qui lui servirait dans les cures . De Béatrice, une patiente psychotique qu’elle aimait beaucoup , elle pouvait raconter pendant des heures des épisodes du déroulement de la cure  pour éclairer par la clinique des points de la théorie ou poser des interrogations qui feraient l’objet d’une recherche.

Lui donnant des coups de pieds  « je vous  fait mal  hein, je vous fait mal » disait Béatrice Oui répondait Marie-Lise,  mais peut être que comme ça  vous me faîtes exister et que vous existez aussi.

Et ça nous renvoyait à cette période de l’enfance qui précède la latence où l’enfant commence à s’interroger sur ses origines, sur la façon dont il  est venu au monde, sur ce qu’il va devenir, sur la mort.

Alors elle qui était proche des préhistoriens  avec lesquels  elle a fait un long bout de chemin, elle s’interrogeait sur nos origines.

Encore récemment en 2012 elle a  écrit un article  « le corps humain dans les grottes » Elle disait « il semble que notre espèce a compris  très  tôt que corps et psyché allaient ensemble, c’est ce qu’on nomme la  chair. La bible, la Genèse  faisaient partie de ses repères, qui la ramenaient dans le creuset du protestantisme qu’elle gardait précieusement comme référence  à un père pasteur qu’elle chérissait.

En 2010 elle parle au collège de France à la demande d’Alain Berthoz  pour un hommage à  Ajuriaguerra. Elle y rend compte du développement de cette méthode  qu’elle a contribué à créer : la psychothérapie psychanalytique corporelle . Elle intitule  son intervention« le corps en dialogue. » Elle y explique que Ajuriaguerra, allié à la pensée de Freud  nous a permis  d’ajouter au travail de la cure psychanalytique classique, cette forme nouvelle de travail psychanalytique qu’est la Psychothérapie psychanalytique corporelle (PPC).

Toujours curieuse, elle disait des neurosciences : il nous revient de nous en emparer elles peuvent nous aider à  comprendre. Le dernier livre auquel elle a participé avec Jean Guillaumin pose la question du fantasme de  matricide et de la culpabilité. Là encore elle part de la clinique : «  Ah mais si je ferme les yeux le monde disparaîtra »dit l’un ; « Ah mais  si je ferme les yeux  vous allez disparaître » dit l’autre.   Et c’est le début d’un long raisonnement sur la culpabilité.

Marie-Lise a participé à toutes nos instances  et son travail va nous manquer. 

C’est avec une profonde tristesse que je pense à son absence. Vont nous manquer sa bonne humeur  et son caractère vif, ses coups de grisou et ses emballements.

Son association  est en deuil, elle en était le pilier essentiel, mais nous allons poursuivre son investissement sur ce chemin quelle nous a tracé.

Au revoir Marie- Lise
Au revoir

Pour L’AEPPC, Monique Dechaud-Ferbus