ContactsLiensSéminaires, journées et colloquesTextes de référence et articlesFormationPourquoi ? Pour qui ?Accueil
/Textes

Le travail du perceptif en psychothérapie de « Relaxation » psychanalytique

Marie-Lise Roux

Actes du IIIe Colloque International de Psychothérapie de Relaxation, Paris, 24-25 juin 1995, Perception et sensorialité (intervention d'ouverture du colloque)

On le sait, César et Sarah Botella ont mis en relief ce qu'ils appellent « travail du perceptif », en écho à ce que Green appelle "travail du négatif". Or, plus j'approfondis ma réflexion tant théorique que clinique en psychothérapie de « Relaxation », plus je m'aperçois que le véritable opérateur du travail qui va se dérouler durant la cure est bien ce travail du perceptif: travail sur ce que le patient perçoit de son corps durant la séance avec nous, sur l'évolution entre la non-perception (ce que j'ai appelé "corps désaffecté") et le ressenti, puis la qualification du ressenti, qui en permet la verbalisation et enfin, ce que le patient peut rapporter de son ressenti corporel, en dehors des séances avec le thérapeute, lors des séances chez lui et dans sa vie relationnelle et émotionnelle.

En psychanalyse, la notion de perception est relativement peu utilisée; on parle plutôt de fantasmes, de rêves, d'un discours qui, lui, est chargé de retranscrire (ou de trahir) la perception du sensible et de l'éprouvé corporel. Pourtant, dès l'Esquisse et jusqu'à la fin de son œuvre, Freud a pris en compte l'aspect sensoriel de la psyché. S'il n'utilise pas toujours le terme de perception, il a insisté d'emblée sur ce qu'il nomme le système Perception/conscience, premier état du Moi, et qui est la capacité psychique de percevoir la réalité aussi bien extérieure qu'interne. La perception, pour Freud, était donc une confrontation avec le concret de l'expérience vécue.

La tradition de percevoir au niveau du corps propre est une tradition très ancienne, c'est de cette manière que les hommes se sont traités depuis des millénaires. Quand on s'intéressait à la manière pathologique de réagir d'un individu, on avait compris depuis longtemps que sa façon de se percevoir comme entité vivante par rapport au monde comme réalité sensorielle, avait une importance. D'autre part, dans le but affirmé d'acquérir un meilleur contrôle sur le monde, beaucoup de ces techniques réputées ont utilisé le fait de percevoir le monde au travers de la perception et de la maîtrise du corps propre: je pense aux techniques du yoga et du zen, reprises en particulier par Gerda Alexander, et qu'on retrouve dans bien des techniques de relaxation assez différentes de la nôtre, en ce qu'elles utilisent plutôt l'induction d'un ressenti que sa perception. Dans notre travail sur le corps, nous nous intéressons moins à la maîtrise du corps qu'à fournir au patient la possibilité de développer le système Perception/conscience, base de la construction du Moi.

Les patients que nous choisissons de traiter par le moyen de la psychothérapie de « Relaxation » analytique ne sont précisément pas des indications de traitement psychanalytique classique. Nous nous référons à deux grands groupes de problématiques: d'une part, à ce qu'on appelle les maladies psychosomatiques où les troubles se manifestent sous la forme d'une décharge dans le corps, et d'autre part, à des problématiques qui relèvent de décharge des troubles psychiques dans le comportement. Il s'agit de la grande classe des états-limites, avec tout ce que cela comporte d'imprécisions nosographiques et de rattachements plus ou moins clairs aux psychonévroses classiques.

Notre consigne, quand nous entreprenons une cure de psychothérapie de « Relaxation » est de demander au patient de nous décrire, de nous dire, avec leurs mots à eux, ce qu'ils ressentent dans leur corps, lorsqu'ils cherchent à se relâcher, c'est-à-dire, dans une situation de passivité à l'égard des sensations provenant d'eux-mêmes. Or, ces patients viennent à nous avec un présupposé concernant la "détente": ils nous demandent de la créer en eux, de leur apporter un apaisement, un soulagement de leur tension: "faites quelque chose, j'ai mal, soulagez-moi", demande différente de celle de l'analyse où ils viennent pour comprendre pourquoi ils souffrent. En psychothérapie de « Relaxation » psychanalytique, nous ne proposons pas la solution, mais un travail d'observation de soi, de réflexivité qui conduit à retrouver les auto-perceptions ignorées ou frappées d'interdit ou non représentées, et, par la formulation verbale que nous demandons ou proposons, de permettre de trouver « les mots pour le dire », selon l'expression célèbre. Ce travail sur les perceptions cénesthésiques avec toutes leurs qualifications de plaisir ou de déplaisir met les patients dans la situation de retrouver les traces mnésiques sensorielles frappées par la répression. Ces traces mnésiques corporelles, par l'investissement qu'en fait le thérapeute, permettent de redonner un sens à la relation émotionnelle et de faire des liens avec les événements du passé. Le but poursuivi, on le voit, n'est pas tant la détente proprement dite, celle-ci n'étant qu'un artefact, obtenu par surcroît, lorsque le patient peut enfin admettre l'éprouvé des sensations cénesthésiques et les perceptions endo-psychiques jusqu'alors déchargées dans le monde extérieur. On ne se détend pas dans la mesure où on lutte contre quelque chose qui, du dedans, n'a pu trouver une inscription dans les représentations ou risque de surgir de manière traumatique. En psychothérapie de « Relaxation », on est confronté à ce que Catherine Parat a si bien décrit comme répression, par opposition au refoulement, inscription psychique des représentations. Ce sont ces contre-investissements de certaines réalités psychiques qui sont à l'origine des troubles présentés par nos patients. La psychothérapie de « Relaxation » permet donc et la prise de conscience et aussi la possibilité de refoulement des représentations, permettant ainsi l'inscription dans le monde psychique et non la décharge dans le monde extérieur, monde dont le corps fait aussi partie.