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Pourquoi, pour qui ?

Origine de la méthode de la PPC

La Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC), enseignée par l’AEPPC, résulte d’un travail d’élaboration depuis plus de quarante ans, à partir de la rencontre entre la théorisation du dialogue tonico-émotionnel par Julian de Ajuriaguerra dans la relation du transfert et du contre-transfert, et la métapsychologie freudienne.

Au premier congrès de psychosomatique de Vittel en 1960, Ajuriaguerra se sépare radicalement des méthodes de relaxation non psychanalytiques, comme le training autogène de J. H. Schultz. Il fait se rencontrer le dialogue tonico-émotionnel et la psychanalyse, en créant la Relaxation (avec un grand « R ») qui ne recourt ni à l’induction, ni à la consigne, ni à la suggestion. Ce qui est essentiel, c’est le travail d’attention conjointe du patient et du thérapeute sur les états du corps en séance et leur verbalisation dans la relation analytique.

Selon Ajuriaguerra : « Dans les expériences primaires il n'existe aucune dichotomie entre le corps et le psychisme [...]. Dans l'habitacle qui est son corps et qui lui est donné, l'enfant est habité. En lui ses besoins s'expriment, ses pulsions se manifestent, c'est lui qui subit les émotions [...]. Pendant une longue phase, le corps est récepteur et réceptacle, spectateur et acteur,  il est lui-même et l'autre par un transitivisme qui suit les lois des mécanismes de projection et d'introjection. L'enfant vit un dialogue protopathique au cours duquel la communication affective se fait sous la forme d'un corps donnant et refusant. » C’est dire l’importance que l’Association pour l’Enseignement de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (AEPPC), accorde au « dialogue tonico-émotionnel » dans la relation thérapeutique en PPC.

En 1972, les psychanalystes Marianne Strauss et Marie-Lise Roux, élèves de Francis Pasche (président de la Société Psychanalytique de Paris, SPP, de 1960 à 1964) et d’Ajuriaguerra, créent, avec d’autres collègues, l’Association Pour l’Enseignement  de la Psychothérapie de Relaxation (APEPR), le terme de Relaxation se référant à la conception d’Ajuriaguerra. Dans la suite des travaux des psychanalystes autour de la psychose, des états limites et de la psychosomatique, la Psychothérapie de Relaxation s’inscrit dans le champ des extensions de la psychanalyse  défini par la Société Psychanalytique de Paris (SPP)

En 2008, Monique Dechaud-Ferbus (formée depuis 1969 par M. Strauss, M.-L. Roux et d’autres), présidente de l’APEPR depuis 1985, crée, avec son équipe, l’Association pour l’Enseignement de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (AEPPC), marquant ainsi l’évolution des recherches et de la théorisation de la méthode de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle.  L’AEPPC émane donc de l’APEPR. La PPC est une pratique psychanalytique utilisant plus particulièrement la perception et la sensorimotricité comme médiation corporelle dans la relation entre le patient et l’analyste, quand le langage verbal échoue dans sa fonction médiatrice. Dans le cadre de la PPC, le patient est allongé sur le divan et l’analyste est placé dans le champ de son regard. Le travail psychanalytique de la PPC prend en compte les traces archaïques laissées par des défaillances dans les relations primaires, il est spécifique des organisations non névrotiques, mais il peut également être un apport pour toute organisation psychique.

Les formateurs sont pour la plupart inscrits à l'API (Association Psychanalytique Internationale).

Approche théorique et technique de la méthode

La pratique de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC), transmise par l’AEPPC,  est largement inspirée des travaux psychanalytiques à partir de Freud. La recherche en PPC, au sein de l’AEPPC, s’appuie essentiellement sur les travaux de psychanalystes qui se préoccupent de psychosomatique, de psychose, d’états limites, de troubles bipolaires, de maladie maniaco-dépressive, d’addiction, d’hyperactivité, de souffrances existentielles et d’angoisse du fait d’atteintes du narcissisme... Ces problématiques ne sont pas principalement centrées sur la configuration œdipienne et, plus que le refoulement, elles sollicitent la répression des affects, la régression, le déni et le clivage. Ces processus défensifs contribuent à déformer le Moi et à altérer son organisation, entravant le développement de la psyché et son rapport à la réalité.

C’est pour permettre à ces personnes de pouvoir bénéficier des apports de la psychanalyse que l’AEPPC a instauré le cadre de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC). Il s’agit d’un aménagement du dispositif psychanalytique classique qui utilise la médiation corporelle pour reprendre et corriger les traces archaïques laissées par des distorsions dans les relations primaires. La spécificité de la PPC est de soutenir l’auto-observation des états du corps dans la relation du transfert et du contre-transfert.

Dans le cadre de la PPC, le psychanalyste est confronté à la vie émotionnelle dans ce qu’elle a de plus cru, et à tout ce qui n’a  pas pu s’élaborer  psychiquement. L’auto-analyse du contre-transfert du psychanalyste est alors un paramètre essentiel de son travail. C’est pourquoi, les membres de l’Association pour l’Enseignement de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (AEPPC) ont une formation psychanalytique et les membres formateurs de l’AEPPC sont membres de l’Association Psychanalytique Internationale (API).

La Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC) a été conçue, il y a plus de quarante ans, dans le service où travaillait le Professeur Julian de Ajuriaguerra à l’Hôpital Sainte-Anne à Paris, avant qu’il ne parte à Genève où il a étendu  le développement de la méthode de Relaxation en Suisse et en Italie. En France, les recherches théorico-cliniques de psychanalystes de la Société Psychanalytique de Paris (SPP) ont soutenu son développement dans le cadre de l’APEPR. Ces recherches se poursuivent aujourd’hui dans le nouveau cadre de l’Association pour l’Enseignement de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (AEPPC). Le travail de l'analyste s’oriente, à partir de la perception des états du corps, sur les rêves, les fantasmes et les associations du patient.

Dans le cadre de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC), le corps du sujet prend son statut intermédiaire d'être à la fois objet de l'objet (l’analyste) et objet du sujet. En ce sens il acquiert une fonction  transitionnelle. L’auto-observation des états du corps et la verbalisation de l’émergence de sensations dans la relation à l’analyste en personne, constituent des matériaux de base pour le travail analytique. Le corps du sujet devient ainsi son « corps propre » à travers le travail d’attention conjointe du patient et de l’analyste, en étayage sur le divan « en délégation de l’analyste » et sur l’échange du regard. La qualité du regard de l’analyste porte la qualité de son investissement pour l’organisation et le fonctionnement somato-psychique du patient. Elle est contenante et témoigne de la considération du pschanalyste pour le patient, ce dernier peut s’appuyer sur l’investissement de l’analyste pour investir l’auto-observation de ses propres sensations et de son propre fonctionnement somato-psychique.

Ce travail psychanalytique en PPC donne par conséquent une importance fondamentale à l'auto-observation et à l'expression verbale des vécus corporels dans la relation avec l’analyste en personne. Mais, ainsi que le recommande F. Pasche, cette relation doit rester une relation de non-dialogue, en ce sens que l’analyste ne doit rien ajouter au matériel apporté par le patient. Il doit se borner à percevoir ce qui est en le patient et le lui rendre sous une forme qui soit intégrable à son fonctionnement psychique. Ce n’est donc pas la fonction d’interprétation de l’analyste qui soutient le processus de symbolisation, dans le cadre de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC), mais sa fonction de traduction de ce qu’éprouve le patient. Ainsi, le cadre de la PPC est utilisé pour renforcer le pare-excitation du patient. Le pare-excitation désigne un ensemble de mécanismes psychiques qui opposent un rempart aux puissantes excitations venues du  monde extérieur ainsi qu’aux excitations internes, pulsionnelles, qui assaillent le sujet. Il a une fonction de freinage de la quantité des excitations au profit de leur transformation en qualités psychiques. Par conséquent, le travail au cours du processus de la cure de Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC) se déroule selon un trajet qui va du quantitatif au qualitatif, il évolue vers une métaphorisation progressive au fur et à mesure du processus de symbolisation.

Le dispositif de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC), où le patient est allongé sur le divan, sous le regard de l'analyste, où il peut voir celui-ci sans effort et appréhender la qualité de son investissement, assure la dissymétrie fondamentale nécessaire à l’installation du transfert, le levier de la cure, selon Freud. La dissymétrie et la stabilité du cadre, représentant la fonction paternelle dans le cadre analytique de la PPC, soutiennent la potentialité du développement d’un transfert maternel d’étayage suffisamment fiable. Le cadre de la PPC reconstitue les caractéristiques essentielles d’un environnement primaire, et réalise les meilleures conditions, qui n’avaient pas été remplies dans le passé, pour que le patient puisse revivre autrement les traumatismes primaires liés aux défauts de traduction de ce qu’il avait vécu bébé. La reconstitution des caractéristiques  de ce milieu primordial par le cadre de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC), a une fonction de contenant et de soutien pour faciliter le renforcement des défenses du Moi et l’approfondissement de l’insight. Le divan métaphorise le giron maternel et, son utilisation vectorise la bisexualité psychique constitutionnelle relevée par Freud. Ainsi, la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC) sollicite à la  fois le  transfert maternel et paternel dans la recherche d'un transfert de base pour la dynamique du processus.

Le cadre aménagé de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC) est ainsi particulièrement indiqué pour les  patients psychotiques non dissociés, pour les psychoses froides et ceux qui souffrent de pathologies du narcissisme comme les états limites qui ont tendance aux actings concernant leur corps (tentatives de suicide, auto-mutilation, prises de toxiques, divers recours à la violence, etc.). La PPC constitue également une réponse thérapeutique efficace aux névroses de comportement, aux névroses actuelles, aux affections psychosomatiques et aux problématiques de deuil. Toutefois plus que la symptomatologie, c'est la référence au fonctionnement psychique du patient et à ses failles qui oriente le psychanalyste vers l’indication d’une Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC). En effet, chez ces sujets, les bases primaires de l'intégration sensorimotrice sont infiltrées de dysfonctionnements relationnels précoces qui empêchent les processus de symbolisation, et c’est la relance du processus de symbolisation dans la relation à l’analyste en personne, qui est recherchée par le biais de la médiation perceptivo-sensorimotrice.

Un autre divan

Dans le cadre de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC), l’analyste s’installe donc dans le champ de vision du patient allongé sur le divan. Le patient est invité à verbaliser ce qu’il ressent dans son corps, tout en se laissant aller sans se censurer, à dire les images qui lui viennent, ses pensées et ses rêves. C’est la verbalisation des états du corps dans la relation émotionnelle à autrui et à soi-même qui permet un travail psychanalytique dont les prémisses corporelles préludent à une représentation de soi et d’autrui. Le cadre de la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC) vise à favoriser un étayage comprenant la fonction de pare-excitation et de contenant, pour qu’un processus d’élaboration puisse se dessiner. « Avoir un mode de pensée psychanalytique par rapport au corps », comme le soulignait Ajuriaguerra. Dans ce travail psychanalytique à médiation corporelle, le psychanalyste se situe dans une autre écoute du fonctionnement psychique. Le langage du corps avec ses sensations et les perceptions dans la relation tonico-émotionnelle avec l’analyste en personne, peut permettre de reprendre les défaillances de la relation primaire, à l’origine des dysfonctionnements.

Les indications de la PPC

Dans le champ des extensions de la psychanalyse, la Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC), s’adresse au patient par la médiation de son corps comme objet limite entre le « dedans » et le « dehors », comme corps psychique lié au tissu somatique. Elle permet de proposer un travail authentiquement psychanalytique à des patients pour lesquels le cadre de la cure psychanalytique classique n’est pas adéquat, grâce à l’utilisation de la médiation corporelle dans la relation du transfert et du contre-transfert. C’est « Un autre divan » qui permet d’effectuer un authentique travail psychanalytique aux organisations psychiques qui semblaient en être exclues.

En effet, les distorsions des relations primaires ont entraîné une confusion souvent importante des espaces psychiques et ont entravé la construction de la limite entre le dedans et le dehors. On retrouve également ces problématiques chez des enfants et des adolescents dont les troubles relèvent d’impasses de la symbolisation : des désordres comportementaux, une hyperactivité, une inhibition des processus de pensée, une difficulté à se concentrer et à se repérer dans l’espace et dans le temps, un défaut de mentalisation qui fait le lit des décompensations somatiques, des réactions dites caractérielles etc. Ces troubles peuvent être isolés ou combinés.

La Psychothérapie Psychanalytique Corporelle (PPC) permet de reprendre la construction de l’appareil psychique et de la formation du Moi. Elle donne la possibilité au Moi de vivre une expérience et de se développer en direction d’une autonomisation. Dans certains cas, elle permet d’accéder à une cure psychanalytique dans le cadre classique et, dans d’autres cas, elle permet de reprendre un travail psychanalytique autrement, lorsque des difficultés avaient subsisté après une cure psychanalytique classique, même réussie sur d’autres plans.